de
Rithy Panh avec Christophe Bataille
Edition Grasset, janvier 2012
Bouleversant !
Quatrieme de couv :
'A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand fère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge.J'étais sans famille.J'étais sans nom.J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien.'
Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.
L' élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel.
Commentaire de Fabienne :
Par hasard, il y a quelques jours je tombe sur la fin du documentaire de Rithy Panh "Duch, le maître des forges de l'enfer," extraordinaire document diffusé le 9 janvier sur France 3," documentaire qui sort ces jours-ci au cinéma.
Dans ce documentaire, Rithy Panh filme le tortionnaire khmer rouge,Dutch, avant son procés pour crime contre l'humanité en juillet 2010 (il a été condamné à 30 ans de réclusion) .
Pendant des semaines, Rithy Panh tente dans ces "dialogues" avec Duch de faire parler l'humanité qui doit forcement résider en tout être humain même le pire tortionnaire.
"L'élimination" est le récit éprouvant de cette confrontation, avec des passages sur la propre histoire de Rithy Panh ainsi que ses réflexions sur le génocide au Cambodge, ses difficultés à vivre ce passé, ...et cette vérité que Duch ne veut pas révéler malgré les documents qui l'accablent, les détails qu'il énonce avec froideur, cynisme, désinvolture.
C'est terrifiant et bouleversant !
Oui ce document est de la même trempe que "Si c'est un homme" de Primo Levi, témoignage sur un génocide non-encore reconnu par la communauté internationale oubliant que 1 à 3 millions de cambodgiens ont été exterminés par les Kherms rouges ( soit prés de 40% de la population !) en moins de 5 ans.
Les faits retracés sont horribles, et forcement nous obligent à nous interroger sur la folie des hommes, l'humanité, la mémoire...
Le XXème siècle aura décidement été un siècle de barbarie: la Shoa, le génocide des Arméniens, le génocide au Rwanda, au Cambodge, les guerres civiles au Sierra Léone, ...
Qu'allons-nous faire du XXIème siècle ?
Biographie:
Toute la vie et l'œuvre de Rithy Panh sont profondément marquées par le génocide perpétué au Cambodge par les Khmersrouges entre 1975 et 1979. Lorsque le mouvement communiste arrive au pouvoir, le jeune Rithy n'a que treize ans. Expulsé de Phnom Penh, sa ville natale, il s'enfuit en Thaïlande en 1979 avant de rejoindre la France l'année suivante. Il s'inscrit alors à l'Institut des hautes études cinématographiques et en sort diplômé en 1985. Le jeune réalisateur se spécialise dès lors dans le documentaire. Dans 'Les Gens de la rizière', Panh décrit les horreurs observées dans son pays. Le film est présenté en compétition officielle à Cannes en 1994. Suivra quatre ans plus tard 'Un soir après la guerre', retenu pour la section Un Certain Regard. Mais c'est surtout le documentaire 'S21, La Machine khmere rouge' qui le révèle à l'international. Dans ce nouveau long-métrage, Rithy Panh confronte les trois rescapés de la base S21 - où 17.000 Cambodgiens ont été torturés et exécutés - à leurs anciens bourreaux. Présenté dans de nombreux festivals, 'S21' est notamment primé à Cannes en 2003. En 2005, le cinéaste franco-cambodgien est de retour sur la Croisette. Il y présente hors compétition 'Les Artistes du théâtre brûlé'. Même sort pour 'Le Maître des forges de l'enfer' en 2011. Toujours centré sur le travail de mémoire, Panh transpose cette fois-ci sur écran son regard sur le procès de Duch, directeur de la prison de Tuol Sleng sous la dictature des Khmers rouges. Quatre ans plus tôt, il se concentrait sur le sort des femmes prostituées au Cambodge dans 'Le Papier ne peut pas envelopper la braise'. Également acteur, on le retrouve en 2004 dans 'Holy Lola' de Bertrand Tavernier dans le rôle de Monsieur Khieu aux côtés d'Isabelle Carré .
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