LE REVE DU VILLAGE DES DING
de Yan Lianke * * * * * Pour fuir la condition de paysan pauvre dont il est issu, Yan Lianke s'engage à l'âge de 20 ans dans l'armée. Repéré pour son talent pour l'écriture, il est autorisé à suivre des études à l'université et devient écrivain officiel. A ce poste, il écrit, slogans et des textes épiques à la gloire du Parti. Sans jamais devenir un véritable dissident, Yan Lianke ne se laisse pourtant pas happer par la pression idéologique qu'on lui impose. Certains de ses textes, d'inspiration érotiques comme 'Désirs' lui attirent les foudres de ses supérieurs, il est contraint de démissionner de l'armée en 2004. Alternant les textes engagés comme 'Le Rêve du village des Ding", qui dénonce une affaire de sang contaminé dans sa région natale du Henan, et la satire humoristique comme 'Servir le peuple', la majeure partie de son oeuvre est clandestine. Interdit de publication dans son pays, ses romans voyagent via Taïwan dans le monde entier, où il rencontre un succès certain. Toujours en possession de la carte du Parti communiste, Yan Lianke ne craint pas la censure des autorités, sa principale préoccupation étant la conservation de son intégrité d'écrivain, libre et audacieux.
Voici un roman sur le scandale du sang contaminé dans la province du Henan. Dans les années 1990, les paysans de cette province, une des plus pauvres, sont convaincus de vendre leur sang pour compléter leurs revenus ; des centaines de milliers de personnes sont contaminées et meurent sans soin ni aide, dans le silence. Les vies sont bouleversées, le remords ronge le vieux Ding dont le fils s'est enrichi en collectant le sang, ce fils qui maintenant organise des 'mariages dans l'au-delà' pour unir ceux que la mort a séparés. Mais seul le sang pourra réparer le sang, avant qu'un déluge de pluie ne vienne annoncer, qui sait, un monde nouveau...
COMMENTAIRE :
Roman bouleversant parce qu'il décrit une réalité oubliée ou que l'on voudrait oublier, bouleversant par le style naïf de la narration. C'est un enfant qui raconte ce qui se passe après sa mort, donc naïf, sans compromis, sans méchanceté et donc tellement criant de vérité et de cruauté. On y découvre biensûr la réalité du sida en Chine mais aussi le système politique et économique dans les lointaines campagnes, les traditions et en particulier autour de la vie conjugale et la mort.
Très agréable à lire même si c'est dur.
A noter que l'auteur est aujourd'hui privé de parole et ce livre interdit en Chine ...
Fabienne
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