Veuf, Jean Louis Fournier
Extrait
« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble.
Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement. J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire.
C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie.
Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement. J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire.
C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie.
Commentaires de Marie Dominique PRIVE
Peut on rire de sa douleur ?
Voila la question que je me pose depuis un certain temps. Je rencontre en ce moment via mes intervieuw et mes lectures des gens et des auteurs qui peut etre par pudeur mettent en avant l'humour . Ils parlent de sujets aussi sérieux que la mort, la maladie, l'absence, la solitude avec parfois tant d'autodérision que je ne sais plus quoi penser. Boris Vian a dit :" l'humour est la politesse du désespoir."...... Mais non , l'humour c'est aussi l'ivresse de la vie? Non?
Le livre de Jean Louis Fournier "veuf" est un livre bref au ton juste où se mêlent tristesse et humour.... Finalement chacun ressent l'absence à sa façon..
" Le bonheur on le reconnait seulement au bruit qu'il fait en partant.."
" Le bonheur on le reconnait quand on sourit non?????
Commentaire de Fabienne :
Joli texte sur l'absence, en effet plein de pudeur, d'autodérision, de tendresse, et peut-être d'espoir.
JL Fournier nous raconte quelques unes de ses pensées aprés le décès de son épouse, avec pudeur, avec aussi les maladresses des autres ou de lavie qui nous raménent à l'absent cruellement comme ces courriers qui continuent d'arriver ...
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